Abièrecédaire

AVRIL 1435

Sans s’étaler sur l’étymologie du mot bière, cette dernière étant incertaine et complexe, sa première apparition daterait de 1429 et serait une dérive du latin bibere qui signifie boire. Selon plusieurs écrits, il serait ensuite apparu dans un traité officiel, datant du 1er avril 1435, afin de remplacer le mot cervoise jusqu’ici employé pour désigner une bière faite d’orge et autres céréales. L’introduction du houblon dans la fabrication de la bière remonte à cette même époque et devient alors sa principale caractéristique : amère, aromatique.

 

BARBE

La microbrasserie La Barberie de Québec risque de perdre son emblème, entièrement ou en partie, le 13 juin 2010. Ornant le menton d’un de ses fondateurs et actuel directeur général, la barbe de Bruno Blais est mise aux enchères. Vous avez bien entendu ! Mais pas pour n’importe quelle raison et surtout pas à n’importe quel prix ! Bruno s’est inscrit au défi « têtes rasées » de Leucan, organisme qui œuvre auprès des enfants atteints du cancer et leur famille. Outre sa barbe, sa longue chevelure est également menacée de disparition… L’ampleur de la tonte dépendra des fonds récoltés pour la cause. L’objectif ultime pour mettre à nu la tête et le visage de Bruno : 40 000 $. Un geste « historique » pour une cause des plus louables !

 

CERVESIA (cervoise)

Cervesia vient du terme « Ceresis vitis » signifiant « Vigne de Cérès ». On raconte qu’à l’époque des Gaulois, Cérès, déesse des moissons et des céréales, aurait découvert la bière. Dans son infinie bonté ou plutôt grâce à son bon goût, elle aurait partagé les secrets de sa fabrication avec les peuples dont les terres ne se prêtaient guère à la culture du raisin. Par surcroît, l’eau potable devenant une denrée de plus en plus rare, la cervoise devint la boisson désaltérante par excellence… d’où peut-être cette réputation qualifiant les Gaulois de grands buveurs !

 

DAS DEUTSCHE REINHEITSGEBOT

Encore suivi à la lettre par de nombreux brasseurs allemands qui le perçoivent comme un gage de qualité, le décret sur la pureté de la bière édicté en 1516 par Guillaume IV, duc de Bavière, dictait les normes à respecter lors de la fabrication et de la commercialisation de la bière. À cette époque, le malt d’orge, le houblon et l’eau étaient les seuls ingrédients autorisés. Dorénavant, les règles sont se sont assouplies et de nouveaux arômes et saveurs ont fait leur entrée sur le marché du brassage de la bière.

 

ELLE… AU FÉMININ

Messieurs, lisez bien ce qui suit… Sans remettre en question le plus vieux « métier du monde au féminin », celui de brasseure fut sans contredit un des tous premiers. Tout au long de l’histoire, la femme a joué un rôle prépondérant dans le brassage de la bière. Ce n’est vraiment qu’au Moyen-âge que les hommes ont pris part à cette activité brassicole avec le début de la production de bières en abbaye. Pensons à sœur Hildegarde de l’abbaye de Prune en Allemagne qui a découvert l’importance du houblon dans le brassage ; aux différentes déesses associées à la bière telles que Cérès et Ninkasi ; aux brasseures anglaises qui seraient à l’origine des « Ales Houses », ancêtres des pubs ; ou aux Marie Rollet et Laura Urtnowski du monde brassicole québécois. Santé et que la tradition perdure !

 

FOURQUET

Autrefois, dans la fabrication de bière, les ingrédients étaient brassés manuellement avec un fourquet. Aujourd’hui, et dans la plupart des cas, c'est un dispositif d'agitation automatique qui mélange précautionneusement l’eau et le grain dans les cuves. Le fourquet demeure toutefois le symbole du brasseur.

 

GAMBRINUS

Il est le roi des buveurs et le protecteur des brasseurs en Flandres (Belgique). La légende de Gambrinus baigne dans le mystère. L’hypothèse la plus souvent retenue est qu’il s’agirait de Jean 1er, duc de Brabant au Moyen-âge, ou Jean Primus pour les intimes. Déformé par l’analphabétisme quasi-total de la population et/ou par la transmission d’une tradition orale maintenue par des édentés, on suppose que « Jean Primus » serait devenu « Gambrinus ». On croit que Jean Primus, lors d’une victoire militaire contre des bandits qui pillaient son territoire, aurait donné une grande fête où il aurait tenu un discours debout sur un grand baril de bière. C’est pourquoi on le représente habituellement comme un bon roi bien en chair, tenant une chope débordante d’une belle mousse, juché plus ou moins élégamment sur un tonneau de bière. Gambrinus est aussi le nom d’une excellente brasserie artisanale de Trois-Rivières.

 

HÔTEL DIANA

La bière est reconnue pour ses qualités nutritionnelles et ses effets bénéfiques pour la santé lorsque consommée avec modération. Mais saviez-vous qu’il est également possible de profiter de ses bienfaits sans même en boire une goutte ? Destination : l’Hôtel Diana à Seefeld, dans la région historique du Tyrol, en plein cœur des Alpes autrichiennes. Ici, on baigne littéralement dans la bière ! Le centre de santé de cet hôtel ne propose rien de moins qu’un bain thérapeutique dans un mélange non fermenté de houblon, malt et levure, le tout chauffé à environ 20 °C. Le houblon possède des propriétés apaisantes et peut être utilisé pour combattre, par exemple, des troubles du sommeil alors que la levure, quant à elle, est reconnue pour améliorer la circulation sanguine et la digestion, sans compter ses bienfaits pour la peau. Une autre bonne raison d’aimer la bière !

 

IPA

IPA est l’expression utilisée pour désigner une bière de type India Pale Ale. Ce style a été mis au point en Angleterre afin de conserver la bière lors des longs transports en bateau vers les colonies britanniques comme l’Inde. C’est la grande quantité de houblon qui permettait de préserver la bière sur une longue période. Aujourd’hui, les IPA sont encore reconnues pour leur goût très houblonné, particulièrement les IPA américaines.

 

JAMES

Plusieurs symboles nous viennent en tête en pensant à l’Irlande : le trèfle à trois feuilles, la harpe, les moutons, les farfadets, le whiskey mais surtout, la bière Guinness. Son histoire débute véritablement en 1759 lorsqu’Arthur Guinness, maître-brasseur originaire du comté de Kildare, loue une brasserie désaffectée à St. James’s Gate à Dublin. Pour l’anecdote, les clauses du bail exigeaient une somme initiale de 100£ plus un loyer annuel de 45£, le tout signé pour une période de 9 000 ans ! 250 ans plus tard, la Brasserie Guinness occupe toujours le site de 64 acres du St. James’s Gate, à l’origine une des portes de l’ancienne ville de Dublin nommée en l’honneur de l’église et de la paroisse de St. James.

 

KRIEK

La Kriek (cerise en bruxellois) est une bière belge de la famille des lambics préparée à base de cerises fraîches. Les cerises sont macérées en fût de chêne pendant plusieurs semaines, ce qui donne à la bière sa couleur rouge. Les bières de framboises ou de cassis sont souvent réalisées avec la même méthode, bien que les brasseurs aient de plus en plus recours à des essences naturelles, comme le jus de groseille, ou à des arômes de synthèses.

 

LOUIS PASTEUR

Louis Pasteur est celui qui a scientifiquement démontré pourquoi et comment la bière fermentait, ce qui l’a ensuite éclairé sur la façon dont on pouvait contrôler cette fermentation. Il a inventé la pasteurisation, opération permettant de contrôler l’évolution de la bière en tuant systématiquement la levure encore présente et en éliminant toutes traces de bactéries, l’ennemi #1 des brasseurs, assurant du coup une fixation des saveurs pour une certaine période. Grâce à ce procédé, les brasseurs peuvent maintenant éviter les brassins infectés. La pasteurisation et l’arrivée de l’industrialisation ont ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire de la bière. Cela a notamment permis de brasser en plus grande quantité des bières plus stables mais surtout exportables. Naquirent alors les premières bières commerciales !

 

MÄRZENBIER

Bière d’origine bavaroise à basse fermentation, très populaire lors du fameux Oktoberfest de Munich. Pendant longtemps, la bière n’était brassée qu’en mars et ce, pour deux raisons. D’abord, des températures sous les 10 ºC étaient requises pour permettre la basse fermentation. En plus, l’édit bavarois de 1539 interdisait le brassage de la bière entre le 23 avril et le 29 septembre de chaque année en raison des risques d’incendies. Que faire ? Produire en grande quantité une bière houblonnée, forte en alcool et ayant d’excellentes propriétés de conservation. Ce serait, semble-t-il, l’une des raisons qui expliquerait la tenue de l’Oktoberfest en septembre.

 

NINKASI

Ninkasi, qui signifie « dame de la bière » en langue sumérienne, est le nom de la première divinité associée à la bière. Il y a environ 6 000 ans, le peuple sumérien de Basse Mésopotamie brassait de la bière en l’honneur de cette déesse.

 

OKTOBERFEST

Parmi les fêtes dédiées à la bière, l’Oktoberfest est la plus importante. Ce culte a lieu à Munich, en Allemagne, chaque année, de la fin du mois de septembre jusqu’à début d’octobre. Avec six millions de visiteurs, l’Oktoberfest est la plus grande fête populaire du monde.

 

PROVERBE TCHÈQUE

« Il est possible de juger la qualité d’une bière avec une seule gorgée, mais il est préférable de vérifier rigoureusement. » Les tchèques sont les leaders incontestables de la consommation de bière par tête d’habitant. Inventeurs de la pils en 1842, les citoyens de la République Tchèque consomment en moyenne 160 litres par année. Quant aux Canadiens, ils sont classés au 20e rang, avec 70 litres par année.

 

QUI PREND BIÈRE PREND PAYS !

La bière l’Indépendante est issue d’un projet de financement et de promotion de l’indépendance du Québec créé par Les Bâtisseurs Indépendants. Facile à remarquer sur les tablettes de nos détaillants, cette bière blonde se veut une référence d’implication et de militantisme. La recette, développée par Jean-Sébastien Bernier de la microbrasserie À l’Abri de la Tempête, est reprise par des microbrasseries du Québec qui partagent ces valeurs et qui désirent s’impliquer dans la cause. Les profits engendrés par la vente de la bière l’Indépendante seront investis dans la promotion du pays de Québec. Pour plus d’information sur ce projet ou pour connaître la liste des détaillants : www.lesindependants.qc.ca.

 

REKORD

Pour produire cette ale ambrée, la microbrasserie zurichoise Türbinenbräu se sert de malt de type « Munich » qui lui confère des arômes riches et sucrés. En plus des trois produits réguliers, chaque saison a droit à une bière spécialement brassée et à l’automne, la légendaire « Münchner Bier » est disponible pour le plus grand plaisir des amateurs. Seul petit hic, impossible d’y goûter sans un séjour dans la capitale économique de la Suisse !

 

SAINT-ARNOULD

C’est le saint patron des brasseurs. Plusieurs légendes circulent à son sujet, dont voici la plus courante : « Arnould, bénédictin flamand du XIème siècle, fut évêque de Soissons, puis abbé à l’Abbatiale d’Oudenburg, où il repose aujourd’hui. Il encouragea ses fidèles à abandonner l’eau, souvent impropre à la consommation, et à la remplacer par la bière, encore assez méconnue de la population de l’époque. Arnould avait constaté que les buveurs de bières étaient en meilleure santé que les autres. Pour donner plus de consistance à ses paroles, il touilla le brassin à l’aide de sa croix, en lieu et place du traditionnel fourquet. En hommage à ce geste, les brasseurs lui élevèrent une chapelle aux armes de la corporation. »

 

TÉGESTOPHILIE

Généralement attribuée aux bièrophiles, cette manie consiste à collectionner absolument tout ce qui se rapporte au fabuleux monde de la bière. De la bouteille au verre, de l’étiquette au sous-verre, sans oublier les affiches, miroirs et ouvre-bouteilles, on recherche avant tout la marque de commerce, les items éphémères ou non, l’inusité et le rarissime. Pour le bièrophile se contentant uniquement de collectionner les sous-verres, on lui diagnostiquera le syndrome de cervalobelophilie !

 

UNE BIÈRE AU PARADIS

Un fin connaisseur anglais du monde de la bière et du whisky s’est éteint le 30 août 2007 à la suite d’une crise cardiaque. Michael Jackson, mieux connu sous le nom de « Beer Hunter », du nom de son émission fort populaire dédiée à la bière, était auteur, journaliste et critique prolifique à la réputation plus que respectable dans le milieu. Son premier ouvrage sur la bière, « The World Guide To Beer », publié en 1977, a été traduit dans de nombreuses langues et est encore de nos jours considéré comme un des ouvrages fondamentaux sur le sujet. On doit à M. Jackson la création d’un langage propre à la description de la bière, tout comme le font les œnologues pour le vin. Son talent et sa contribution au milieu de la bière ont été récompensés plus d’une fois. Il a entre autres été le premier non-brasseur nommé Chevalier d’honneur du Ridderschap van de Roerstok (Chevalerie du Fourquet des Brasseurs, en Belgique), titre remis pour sa contribution exceptionnelle au rayonnement du métier de brasseur en Belgique. Selon lui, la bière est un élément de la culture et elle doit être décrite dans son contexte. Il a su piquer la curiosité, vulgariser un milieu parfois complexe, rendre accessible à autrui les plaisirs de la dégustation, rendant ainsi à la bière ses lettres de noblesse. Levons tous notre chope bien haute pour saluer le départ d’un grand bièrophile de ce monde !

 

VERRE

On pourrait presque affirmer que chaque bière nécessite son type de verre, même si la plupart du temps, les verres ne sont que des adaptations des quatre formes les plus courantes : coupe, tulipe, flûte et verre droit. Le verre le mieux adapté à la plupart des bières est un verre fort, aux parois épaisses et translucides qui se terminent franchement. Vient ensuite le service de la bière qui prend de plus en plus de formes originales dans nombreux bars et pubs, notamment en Europe. Le « mètre », comme ceux qu’on retrouve aux 3 Brasseurs, est un présentoir, généralement en bois, percé de douze trous pour y placer les verres. La « girafe » ou « colonne » est un long cylindre transparent, d’une capacité variant entre 2,5 et 10 litres, monté sur présentoir avec un robinet pour le service. Leur avantage : le tube réfrigérant intégré permettant de garder notre boisson préférée au froid. Certains brasseurs offrent même à emporter des barils de fûts de 5 litres ou plus à usage unique !

 

WINSTON CHURCHILL

Bièrophile dans l’âme et amateur d’alcools forts, les répliques cinglantes de l’ancien premier ministre anglais Winston Churchill ont marqué l’histoire. En voici quelques unes : « Souvenez-vous que j’ai profité beaucoup plus de la bière que la bière a profité de moi. » ; « Sire, si vous étiez mon mari, j’empoissonnerais votre boisson. » ; « Madame, si vous étiez ma femme, je la boirais. » (Churchill, en réponse à Lady Astor).

 

« X » DE MILLE

Tout à commencé en 2000, lorsque la communauté de l’Ordre de Saint-Arnould, devenue Bièropholie en 2001, a décidé d’organiser, une fois par année pour toute la durée du troisième millénaire, une sorte de « pèlerinage » consacré à la bière. L’événement, qui s’étale sur quelques jours, à lieu durant l’été dans une région champêtre en périphérie de Montréal. Au menu : méchoui à la bière, dégustation de bières, concours de brassage de bière…

 

« Y PARAÎT QUE... »

Qu’elle soit véridique ou non, cette anecdote ne pouvait guère passer sous silence, question de rigoler un brin. Suite à l’édiction en 1516, par Guillaume IV de Bavière, du décret sur la pureté de la bière, le respect de ce dernier était contrôlé par les PirBeschauer (observateurs de bière). L’exercice consistait à verser la bière sur des bancs de bois afin de vérifier sa qualité. Les PirBeschauer, portant des culottes de cuir, s’asseyaient alors sur la flaque pour un temps prédéterminé. Si la culotte restait collée au banc, la bière était couronnée de succès. Le cas échéant, elle était soit jetée soit vendue à prix dérisoire. Dans le pire des cas, certains brasseurs se sont même vus contraints de boire eux-mêmes leur infâme breuvage.

 

ZYTHUM (vient du grec « zuthos » signifiant bière)

Les habitants de l’Égypte ancienne raffolaient d’une boisson préparée à partir d’orge germée et fermentée avec un goût se rapprochant étrangement de la bière. Spécialité de Péluse, ville égyptienne en bordure de la Palestine, on la surnomme également « vin d’orge » ou « boisson pélusienne ». Pour l’anecdote : zythum est le dernier mot du dictionnaire des noms communs. Comme quoi tout se termine toujours par une bonne bière !