La bière en Nouvelle-France

La bière fut adoptée avant le vin en Nouvelle-France ! Nos ancêtres, fiers de leurs habitudes et traditions, ont importé avec eux différents breuvages alcoolisés. Malheureusement, cultiver le raisin avec un climat aussi rigoureux et tordu que le nôtre en a découragé plus d’un. Le houblon a alors remporté la palme d’or ! Nettement plus nutritif et rapide à produire, le brassage de la bière s’est donc bien installé dans le quotidien des habitants du Nouveau Monde. On raconte même que les brasseries ont ouvert leurs portes en Amérique au même rythme que les églises… Cependant, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’aura lieu l’industrialisation de la bière. Quelques décennies plus tard, vers le milieu des années 1980, la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJ) créa un nouveau type de permis autorisant un établissement à brasser de la bière de façon artisanale mais en limitant sa vente au lieu de fabrication. Le Cheval Blanc à Montréal sera ainsi le tout premier à obtenir un permis de brasseur artisanal en 1987.

C’est Louis Hébert et sa femme Marie Rollet qui sont à l’origine de la Route des Bières et Saveurs du Québec. Louis Hébert fût le premier colon à cultiver la terre québécoise et à vivre de ses récoltes. Il fut engagé en 1617 par la Compagnie de Canada afin de s’installer à Québec avec sa famille. En tant qu’apothicaire de la colonie, Louis Hébert devait soigner les colons, et c’est sans doute dans cette optique que sa femme Marie Rollet commença à brasser de la bière. Les pères Récollets, engagés par Champlain à titre de ministres de la nouvelle colonie, ont aussi brassé de la bière aux alentour de 1620.

Louis Prud’homme, originaire de Pomponne près de Lagny-sur-Marne en Île-de-France et ancien capitaine de milice, est le premier brasseur à se déclarer comme tel lors du recensement de Ville-Marie en 1642.

Louis Prud’homme, originaire de Pomponne près de Lagny-sur-Marne en Île-de-France et ancien capitaine de milice, est le premier brasseur à se déclarer comme tel lors du recensement de Ville-Marie en 1642.

En 1665, Jean Talon débarque à Québec, à titre d’intendant de la Nouvelle-France, et il a comme mission de s'occuper de l'administration civile de la colonie. À l’époque, la colonie dépensait environ 100 000 livres par an en vins et spiritueux importés. C’est par soucis de voir cet argent servir à développer les produits locaux que Talon décida, en 1668, de faire construire une brasserie d’un potentiel de 4 000 barils annuellement. La moitié de la production était destinée au marché des Antilles. La brasserie ferma ses portes cinq ans plus tard. En effet, après le départ de Jean Talon, les règlements sur l’importation des vins et des alcools ne sont plus respectés. En 1675, la brasserie cesse de produire de l'alcool. Plus tard, l’édifice abandonné de la brasserie servira de résidence aux intendants de la colonie.

Une équipe d’archéologues de l’Université Laval, dirigée par Marcel Moussette, ont entrepris des fouilles dans les années 1980 afin de retrouver les vestiges de la brasserie. Ils ont entre autres trouvé le plancher du germoir, la citerne d’eau, les séchoirs à orge, et même des grains de houblon laissés dans un drain.

En 1690, Charles Lemoyne, Seigneur de Longueuil, fit installer une brasserie sur ses terres mais elle ne fût vraiment opérationnelle qu’au début du 18e siècle. Le brasseur s’appelait André Cibert.

Suite à la défaite des Français aux mains des Anglais sur les plaines d’Abraham, le 17 septembre 1759 (la rumeur veut que plusieurs soldats français aient bu quelques bières de trop cette journée là !), la Nouvelle-France devint propriété de l’Angleterre. Cet événement ouvrira la porte un peu plus tard à l’occupation d’une bonne partie du marché québécois par les brasseries de colons ou de descendants de colons anglophones (Dow 1818, Labatt 1828, Carling 1840 et O’Keefe 1848).

John Molson et Thomas Loid fondèrent la brasserie Molson en 1796. Elle est la plus vieille brasserie toujours en opération en Amérique du Nord et est encore située au même endroit depuis sa fondation. En 1809, face à la demande croissante et aux nécessités de transport vers l’extérieur, John Molson devint le premier à faire voguer un bateau à vapeur sur le fleuve Saint-Laurent.

En 1918, le gouvernement canadien interdit la fabrication de breuvage contenant plus de 2,5 % d’alcool. Sous l’influence du clergé, Les Cercles de Lacordaire (pour les hommes) et Sainte-Jeanne D’Arc (pour les femmes), furent fondés à cette période. Les membres de ces associations catholiques du Canada s'engagèrent à lutter contre l'alcoolisme en pratiquant l'abstinence totale des boissons enivrantes. « Le diable est dans la bouteille ! » En 1921, la prohibition toucha toutes les provinces du Canada, à l’exception du Québec et de la Colombie–Britannique.

 

« L’alcool est un produit très nécessaire… Il permet au parlement de prendre à onze heures du soir des décisions qu’aucun homme sensé ne prendrait à onze heures du matin. »
— George Bernard Shaw —

 

Pour lire la suite, procurez-vous le guide !